10 éditions de Solitaire vues par Corentin Douguet : 2006,2007,2009,2010, 2014, 2015…

Télégramme 17-08-2007
Parce que le départ de La Solitaire du Figaro approche et qu’il commence à faire partie des anciens de la course… Corentin Douguet a ressorti (et commenté) quelques images d’archives. Moments forts à revivre depuis 2006.

Corentin DOUGUET Lors de la premiËre Ètape de la Solitaire Afflelou Le Figaro entre Cherbourg et Santander le 06/08/06 Jean-Christophe Marmara, Richard Vialeron et FranÁois Bouchon / Le Figaro

© Jean-Christophe Marmara

2006

« Premier départ de ma première Solitaire. Je passe en tête à la bouée Radio France à la sortie de la rade de Cherbourg. 43 figaristes derrière moi, j’ai du mal à y croire. Et au coucher du soleil, après avoir traversé la Manche au reaching, je suis toujours en tête à la bouée des Shambles. Est ce qu’on m’aurait menti ? J’avais alors dit à un journaliste : « je pourrai dire à mes enfants que j’ai été en tête de la Solitaire. » »

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La solitaire Afflelou Le Figaro 2007 Victoire de Corentin DOUGUET lors de la troisiËme Ètape entre Brest et La Corogne en Espagne le 15/08/2007. Photo Jean-Christophe Marmara, Richard Vialeron

© Jean-Christophe Marmara

2007

« Une année de dingue. Je suis papa depuis quelques mois lorsque je prends le départ de ma deuxième Solitaire. 31ème  lors de ma première participation à cause d’une deuxième étape manquée et pétoleuse, j’espère montrer que je vaux mieux que ça. L’objectif du Top 10 peut paraitre ambitieux mais je sais que j’en suis capable. 10e et 11e des deux premières étapes, je suis dans le coup lorsque nous partons de Brest pour rallier la Corogne. Le parcours a été modifié le matin du départ pour éviter une grosse dépression au Fastnet. Mais la direction de course nous envoie dans l’estuaire de la Gironde et pour ressortir de là, on va se prendre une autre dépression au moins aussi forte !!! Je suis aux avant-postes pendant toute l’étape. Dans le golfe de Gascogne, nous naviguons au près dans 45 noeuds de vent établis et une mer démontée. GV 2 ris, Solent arisé, à l’intérieur sous pilote car c’est trop dangereux dehors. Les paquets de mer m’empêchent de rester assis à la barre. Nous n’avons pas d’AIS à cette époque et très vite je ne sais plus où sont les autres, j’ai juste Gildas Mahé en VHF toutes les heures pour être sûr qu’on est toujours à bord. Mais je reçois des cartes météo sur mon vieux Fax Furuno. La dépression n’avance pas très vite, alors j’insiste dans l’Ouest pour aller chercher la bascule de vent.
Lorsque j’entre dans la Baie de la Corogne, le vent s’est calmé, je suis sous spi et je ne vois aucun autre Figaro, je ne sais pas vraiment où j’en suis.
Moi : « comité de E.Leclerc-Bouygues Telecom, tu me reçois ? »
Comité de course : « Corentin on te reçoit »
Moi : « je suis en approche de la ligne, à 1 mille »
Comité : « 0n t’a en visuel »
Moi : « tu as vu d’autres Figaro ? »
Comité : « je viens de me mettre en place »
Moi : « … ! »
Une victoire d’étape sur ma 2e Solitaire. Difficile à décrire, à imaginer quand tu arrives sur ce circuit. 48 minutes devant Mich’ Desj qui venait chercher une 3e couronne (qu’il a eu). Un truc incroyable.
Et au-delà de ça, une 3e place au général final, et une 11e place sur la 2e étape comme plus mauvais classement.
Quand t’as goûté à ça, c’est difficile de ne pas y revenir. »

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La Solitaire du Figaro Suzuki 2008. Corentin DOUGUET lors du dÈpart de la premiËre Ètape entre La Rochelle et Vigo en Espagne le 25/07/08 Photo Jean-Christophe MARMARA Richard VIALERON/ Le Figaro

2008

« Les années se suivent et ne se ressemblent pas, 2008 est une année de merde !
Une première étape qui commence dans la grosse molle avec 60 milles parcourus les premières 24 heures, et dont l’arrivée est déplacée pendant l’étape. Prévue à Vigo, elle se fait devant une plage sous la Estaca de Bares. Je n’ai pas réussi à m’extraire assez vite de la molle, et prends une raclée. Ensuite nous avons 150 milles à faire en convoyage, et en solitaire, pour rallier Vigo. Ravitaillement en gazole improvisé à Camarinas (toujours partir en mer avec sa Carte de Crédit !!!). Trois skippers s’échouent pendant ce convoyage le long des falaises de Galice, victimes du manque de sommeil, heureusement sans dommages majeurs.
Je ne serai malheureusement pas plus inspiré sur la 2e étape entre Vigo et Cherbourg, et me voilà au fin fond du classement.
Dernière étape, Cherbourg –l’Aber Wrac’h, en passant par l’ile de Man. Une dépression, que l’on voit arriver depuis plusieurs jours, menace de nous cueillir avec plus de 50 noeuds à la sortie du canal St Georges. Une nouvelle fois, la direction de course change ses plans le matin du départ. On oublie l’ile de Man et on va virer une bouée météo au large de la Bretagne. Cette bouée fait moins d’un mètre de haut. Elle est mouillée par grand fond, donc elle se trouve dans un cercle de 2 milles de diamètre. Et on y arrivera dans plus de 30 noeuds de vent avec  de la houle. C’est n’importe quoi.
Au départ de Cherbourg, un petit groupe part vers le large et traverse le DST (Dispositif de Séparation de Trafic empruntés par les navires marchands) des Casquets. Un cargo est obligé de faire une manœuvre d’urgence pour les éviter. Le commandant du CROSS Jobourg, qui était venu nous réexpliquer les règles pour traverser ces zones lors du briefing de départ en tombe probablement de sa chaise. Et c’est moi qui relaie son appel VHF à la direction de course en mer. Depuis, les DST sont des zones interdites en course, et nous sommes équipés du système AIS en émission et réception.
Nous continuons à tirer des bords le long des côtes bretonnes. Je ne suis toujours pas inspiré !
Le dernier bulletin météo tombe, le coup de vent approche. Après s’être fait copieusement souffler dans les bronches par le CROSS, la direction de course nous rappelle que si on peut, c’est mieux de couper le DST de Ouessant perpendiculairement… ! Je n’en crois pas mes oreilles.
Je me dis alors que d’aller passer une nuit noire au milieu des cargos dans plus de 30 noeuds pour préserver une 25e place, ça n’a pas beaucoup de sens. Je fais donc demi-tour et je suis le premier Figaro à m’amarrer à l’Aber Wrac’h, mais pas en vainqueur, loin de là.
Il me faudra un peu de temps pour comprendre et digérer tout ça. Mais si j’en crois Nietzchse : « ce qui ne me tue pas me rend plus fort. » »

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2009 BD2009

« Malgré de bons résultats en avant-saison (2e à la Solo Les Sables), et un départ canon lors de la première étape à Lorient, je ne fais pas grand-chose de bien cette année là. Jamais décroché, mais jamais vraiment aux avant-postes. Comme en 2006, nous retournons à Dingle. Et comme en 2006, toute la flotte passe la ligne d’arrivée en 15 minutes. Je termine finalement 16e de cette édition. C’est mieux qu’en 2008, mais pas satisfaisant pour autant… ! Mais on a fait de belles photos avec Jacques Vapillon. »

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podium 20102010

Le retour aux affaires.
“6e de la première étape à Gijon. Seulement 24e la deuxième étape à Brest. Et 5e de la troisième étape à Kinsale. Me voilà 13e au général en repartant d’Irlande, mais à seulement 1 heure du podium. Et je me sens bien sur cette Solitaire. J’ai retrouvé de bonnes sensations à bord, et la lucidité est revenue avec la vitesse.
En partant de Kinsale, je me dis que je peux faire un coup sur celle là ! Au passage du Fastnet, je suis dans le Top 5. Nuit noire, brume, le halo du phare est fantomatique. Direction la pointe de Bretagne sous spi. Le vent monte à plus de 30 noeuds dans la nuit, et il faut empanner avant l’aube dans cette mer bien cabossée. C’est un peu rock’n roll, mais l’étape se joue là car le vent va faiblir par l’Ouest. Il y a quelques départs au tas et tangons cassé ce matin là. Je passe cette 2eme journée bord à bord avec Armel le Cleac’h et François Gabart n’est pas très loin derrière. Ces deux là sont 1er et 2e au général et on ne se lâchera plus jusqu’à Cherbourg. Sous spi, babord amure, l’écart se creuse sur la flotte. En fin de journée, nous ne sommes plus que 5, les autres ont disparus derrière l’horizon. Le vent mollit doucement, et encore un peu plus à l’approche de Portsall. Je passe la marque 300 mètres derrière Armel. Nous empannons pour nous diriger vers Cherbourg. L’écart va varier entre 100 et 500 mètres jusqu’à l’arrivée, mais je n’arrive pas à le doubler. Je termine 2e de l’étape, 3 minutes derrière lui, et François 10mn derrière moi. Mais surtout, les autres sont loin, voir très loin. Alors le temps passe, et je m’empare donc de la 3e place de cette Solitaire. J’ai le sentiment d’avoir vraiment bien navigué, et après deux années noires, la satisfaction est immense, et la fête est pas mal non plus.
Après 5 saisons, 2 podiums au général et 1 victoire d’étape sur la Solitaire, je décide de quitter le circuit pour apprendre d’autres choses. »
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Corentin Douguet (Un Maillot pour la Vie) 3eme de la 4eme etape de la SOlitaire du Figaro Eric Bompard Cachemire 2014 entre Les Sables d'Olonne et Cherbourg - le 02/07/2014

2014

« Après 3 ans d’absence, je me fixe comme objectif d’être au départ du Vendée Globe 2016. La Solitaire est donc le meilleur moyen de naviguer en solo et d’annoncer cet objectif. Mon ami Didier Bouillard me prête son bateau, mon ami Donatien Carme se recolle à la préparation, et c’est reparti pour un tour.
Lorsque j’ai quitté le circuit, la Solitaire se courrait en Août depuis 1970. Mais maintenant c’est en Juin. Donc la préparation est courte. 9e sur la Solo Maitre Coq, 5e sur la solo Concarneau, je n’ai pas trop perdu la main.
Cette édition de la Solitaire est extrêmement serrée et animée ! 16e, 10e, puis 7e des trois premières étapes, je suis dans le coup malgré une pneumopathie diagnostiquée à mi-parcours. Sur la dernière étape, nous partons des Sables d’Olonne et j’arrive en tête à l’occidentale de Sein avec pas mal d’avance sur la flotte. Malheureusement pour moi, nous butons dans le courant de marée et nous prenons un deuxième départ à Ouessant. Après un passage par une bouée en Angleterre et quelques zigzag dans les îles Anglo-Normandes, nous arrivons à 10 bateaux en même temps dans le Raz Blanchard. C’est jamais facile la régate au contact après 3 nuits en mer, mais ça tient éveillé. Je prends finalement la 3e place de cette étape à Cherbourg, 3 minutes derrière Jérémie Beyou qui remporte sa 3e Solitaire, et Adrien Hardy. Avec une 8e place au général, c’est une belle conclusion pour ce retour sur le circuit. Ça n’a pas suffit pour décider des partenaires pour le Vendée Globe suivant mais j’ai pris beaucoup de plaisir sur cette Solitaire. »

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Corentin Douguet (Sofinther-Un Maillot pour la Vie) lors de la 4eme etape de la Solitaire du Figaro - Eric Bompard cachemire entre Torbay (Angleterre) et Dieppe - le 23/06/2015

Photo Alexis Courcoux

2015

« En ce qui me concerne, le fait le plus marquant cette année là, c’est que j’arrive à Bordeaux avec un budget loin d’être bouclé. Nous sommes à 10 jours du départ, et je passe beaucoup plus de temps au téléphone et à envoyer des mails qu’à préparer ma course. Le samedi, j’envoie encore quelques mails a des chefs d’entreprise que je ne connais pas et dont je viens de récupérer les coordonnées, puis je me dis que j’arrête là, que je me concentre sur la course et qu’on fera avec les moyens du bord. Il reste 8 jours.
Le lundi, je suis attablé en terrasse avec mon préparateur pour déjeuner, en essayant de me concentrer sur ce qu’il nous reste à faire d’ici dimanche pour être prêts, lorsque mon portable sonne. Un numéro inconnu.
– Allô
– Bonjour, c’est F. R.
– Oui ?
– Vous m’avez envoyé un mail samedi, je suis le PDG de Sofinther
– Ah oui, excusez-moi
– Il est bien votre projet, c’est ok pour moi.
– … !
– Vous pouvez m’envoyez un contrat ?
– Euh, oui bien sûr.
– Là c’est la pentecôte et je suis en week-end, mais demain matin je vous fais envoyer les fichiers pour le marquage
– D’accord
– Je vous dérange pas plus longtemps, vous devez avoir pas mal de choses à faire à une semaine du départ. On se rappelle demain.
– Très bien, merci M. R, à demain.
Le marquage de la coque, avec Baptiste Chardon et Simon Troël, dans un semi-rigide sur la Garonne, n’a pas été une mince affaire. Mais voilà comment commence deux années de partenariat avec une belle équipe que je n’ai rencontré qu’après cette Solitaire que je ne termine que 14e. Ensuite il y a eu une magnifique victoire sur le Tour de Bretagne avec Christian Ponthieu, et une belle Solitaire 2016 que je vous raconterai… »


Author: Corentin-admin

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