Deuxième aux Açores : récit de la course par Corentin !

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Arrivé deuxième sur Imerys avec Phil Sharp, Corentin nous fait ici le récit détaillé de sa traversée vers les Açores en Class 40. On pourrait le résumer par un « comment vit-on sur la course Les Sables-Horta-Les Sables en compagnie d’un anglophone qui parle aussi français »… Ou encore « quand on fête une réparation à coups de tartiflettes sous vides, que ’we keep pushing hard’, et que l’ambiance passe de « humide à lance à incendie sur le pont » lorsque l’on atteint les 24,95 nœuds ». Bref entre commentaires pertinents en franglais et détails techniques, vous saurez tout sur cette étape !

Phil Sharp, que je connais depuis la Transat 6,50 2005, m’a invité à son bord pour l’étape aller de cette course en double. Les Class 40 sont à mi-chemin entre les 6,50 et les 60’Imoca utilisés sur le Vendée Globe. Les bateaux répondent à un certains nombre de règles, mais sont tous un peu différents. Le nombre de voiles embarquées, huit, est le même sur chaque bateau mais chacun prend ce qu’il veut. C’est donc un exercice assez différent du Figaro et il faut que je me remette dans ce type de fonctionnement avant le départ. Les différences de vitesse en fonction de l’angle du bateau par rapport au vent peuvent être importantes. Ce qui change certains aspects tactiques et stratégiques.

Jour 1
Pour aller des Sables d’Olonne aux Açores, il faut commencer par dégolfer. Ça ne veut pas dire arrêter de jouer au golf, ça veut dire qu’il faut traverser le golfe de Gascogne. Au mois de Juillet, et c’est une chance pour les vacanciers, il est souvent occupé par une dorsale qui prolonge l’anticyclone des Açores. Les dorsales ne sont pas les meilleures amies des coureurs au large car elles sont souvent synonymes de vent faible. Mais il faudra bien la traverser pour attraper le vent d’Est qui souffle entre cette dorsale et la côte Espagnole.
Après un petit parcours en baie des Sables d’Olonne, nous franchissons la dernière marque en 2e position, et mettons le cap au Sud-Ouest vers les Asturies. Le vent est stable, la mer plate et Imerys glisse tranquillement à 8-9 nœuds sous grand-voile haute et Code 0 (un espèce de grand génois). Nous prenons rapidement la tête de la flotte. Et à part une marche arrière pour enlever un morceau de plastique coincé dans la quille, c’est une mise en jambe en douceur.
En fin de journée, alors que vient l’heure de prendre les nouveaux fichiers météo pour voir si la dorsale se déplace comme prévu, Phil finit par ressortir du bateau et m’annonce dans un français parfait : ‘’the fleet is dead, on n’a pas de connexion internet !’’. En voilà une bonne nouvelle pour six jours de course. Le fleet, c’est la grosse boule à l’arrière du bateau qui abrite une antenne qui nous permet de nous connecter par satellite.

Jour 2
Comme prévu, nous passons la nuit à batailler dans les petits airs, réglages, changements de voiles, réglages… Et au matin, Tales, un de nos plus sérieux concurrent, s’est un peu fait la malle.
Dans la matinée, nous sortons peu à peu des griffes de la dorsale et glissons de nouveau vers le Sud-Ouest à 5-6 noeuds, la flotte est encore assez compacte. Les repos sont assez courts car Phil passe beaucoup de temps sous le cocpkit à essayer de nous reconnecter.
Dans l’après-midi, le vent se renforce comme prévu et le tempo s’accélère. Nous reprenons le leadership.
A l’heure où les gens normaux passent à table pour le diner, Phil ressort du bateau avec sa lampe frontale et m’annonce dans un français parfait : ‘’we are vraiment connected, yeahh !’’. En voilà une vraie bonne nouvelle pour cinq jours de course.
Pour fêter ça, Tartiflette sous vide, à 12 nœuds sous grand spi. Phil découvre avec bonheur l’existence de plats sous vide tout à fait corrects, et surtout bien meilleurs que les plats lyophilisés qu’il s’inflige depuis 2005 !
Mais on y a laissé par mal de plume en terme de repos.

Jour 3
Dans la nuit, le vent d’Est se renforce à mesure que nous nous approchons de la Galice. Nous prenons un premier ris dans la Grand-Voile, puis le petit spi remplace le grand. Nous empannons dans la nuit, par 25-28 nœuds de vent à quelques milles au Nord du Cap Ortegal. Le vent et la mer continuent à s’intensifier, les surfs à 20 nœuds sont de plus en plus fréquents.
Au classement de 8h, Tales est 2e à 7 milles, c’est bon. Et Phil progresse en français… !
Nous continuons notre route maintenant vers l’Ouest-Nord-Ouest afin de contourner par le Nord une petite dépression qui se ballade au large du Cap Finisterre. De celles qui aident la Galice à garder ses pentes bien vertes même en été.
Ca va vite, et nous portons notre avance sur Tales à 14 milles en fin de journée. C’est assez humide comme ambiance mais « we keep pushing hard’’.

Jour 4
Le vent s’oriente progressivement au Nord et nous permet de faire route directe vers les Açores. Un peu plus de 30 nœuds dans les rafales. Le petit spi a été remplacé par un Code 5 (c’est un truc entre genois et spinnaker, ce qui a d’abord donné le mot Gennaker et que les marchands de voile appellent Code 5, mais je sais pas pourquoi). Et nous avons pris un 2e ris dans la Grand-Voile.
De assez humide, l’ambiance est passée à lance à incendie sur le pont, et nous établissons un nouveau record pour le bateau à 24,95 nœuds au GPS. Phil commente le moment dans son français bien à lui : ‘’Why not 25 knots ?’’
Les milles défilent rapidement, mais Tales est un tout petit peu plus rapide que nous et revient à notre hauteur en fin de journée.
Cette bonne nouvelle associée à la fatigue accumulée depuis le départ entre bricolage et navigation dans le gros temps permet à Phil un commentaire constructif que je ne peux pas écrire ici. Mais je suis parfaitement d’accord avec lui.

Jour 5
Dans la nuit, le vent et la mer se sont calmés progressivement. Le vent s’oriente petit à petit au Nord-Ouest. Aujourd’hui nous allons faire du près. C’est moins marrant mais ça va nous permettre de récupérer un peu. Au petit matin, nous avons 17 milles de retard sur Tales, et il en reste 380 à parcourir. Il va falloir être bons.
En début de matinée, pendant une manœuvre, juste après avoir tapé dans une vague, le pilote se met à donner des grands coups de barre ! J’appuie sur stop et je prends la barre. Je vois que les infos concernant le vent sont aberrantes, je lève la tête et constate que la girouette électronique n’est plus là. Phil : ‘’It doesn’t matter, on va faire sans.’’ Je n’aurais pas dit ça comme ça, décidément ce garçon est étonnant.
Le vent mollit et nous alternons entre le J1 (le grand génois) et le code 0 (le génois plus grand que le grand génois). N’ayant plus d’infos sur le vent, nous faisons ça au feeling et ça se passe plutôt bien. A midi nous n’avons plus que 12 milles de retard.
Le vent revient au Sud-Ouest et il faut virer pour aller chercher un dernier front dans la nuit. A minuit, nous sommes à moins de 10 milles de Pablo et Gonzalo. Il reste 110 milles à parcourir, ça va être compliqué.

Jour 6
Il reste néanmoins un coup à faire. J’ai passé la fin de journée précédente à analyser le problème. La bascule rapide du vent au nord-ouest dans la nuit va nous obliger à virer de nouveau pour aller vers Horta. Ce virement aura lieu entre minuit et 8h, c’est-à-dire dans la période de la journée où nous n’avons pas de classement, donc Tales ne saura pas ce qu’on fait.
Ça peut paraitre simple, mais le timing de ce virement peut créer de gros écarts. Et pour corser le tout, l’ile de Graciosa, la plus Nord du groupe central, sera sur notre route. Elle ne fait ‘’que’’ 400 mètres de haut – ce qui n’est pas beaucoup aux Açores – mais ça peut perturber un peu le vent.
Après de longs échanges avec Phil, nous décidons de passer au Nord de l’ile, c’est un peu plus long mais plus sûr.
Le jour se lève au moment où nous longeons la côte Ouest de Graciosa. Deux baleines nous souhaitent la bienvenue dans l’archipel. Et le spi rouge de Tales apparait sur l’horizon. Phil : ‘’We are back in the game !’’
Nous sommes revenus à moins de 4 milles. Il en reste 40 à parcourir. Il faudrait une grosse mistoufle pour gagner l’étape mais le classement se fait au cumul du temps sur les deux étapes. Donc c’est important de se rapprocher le plus possible.

Nous franchissons la ligne d’arrivée avec 43’40’’ de retard sur nos spanish friends. Ils sont là pour nous accueillir au ponton. Une bonne douche au champagne, quelques mots au micro, puis un t-shirt propre et nous partons tous les quatre déjeuner au Café Sport, bar mythique de Horta, pour refaire le match.

Merci Phil pour cette belle régate. C’était top de découvrir la Class 40 comme ça. Et en plus j’ai progressé en anglais. Je laisse ma place à Adrien Hardy pour l’étape retour. J’espère qu’il sera meilleur que moi, ou que les espagnols seront un peu moins bons. Mais tout reste jouable.

Deux avions et un train m’ont ramené chez moi et j’ai retrouvé ma famille. Maintenant, récup, sport et passer du temps avec les enfants. Je pense que Phil dirait un truc comme : ‘’Wow, the life is so cool !’’

 

 

 

 

Author: Corentin-admin

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